Rosas Danst Rosas

Anne Teresa De Keersmaeker / Rosas

  • samedi 14 octobre à 20h30

    Grande salle du Théâtre

Déjà vu aux Treize Arches Verklarte Nacht (DanSe En Mai 2016) et Rain (2017)

C’est en 1983 qu’Anne Teresa De Keersmaeker atteint le succès international avec la représentation Rosas danst Rosas. La production va en première pour le festival du Kaaitheater à Bruxelles, et signifie d’emblée l’avènement de la compagnie Rosas. Les quatre danseuses qui font initialement partie de Rosas, sont toutes d’anciennes élèves de Mudra : Anne Teresa De Keersmaeker et Michèle Anne De Mey, auxquelles viennent s’ajouter Fumiyo Ikeda et Adriana Borriello.  La musique de Rosas danst Rosas, composée par Thierry De Mey et Peter Vermeersch, voit le jour en parallèle à la chorégraphie.  La représentation est structurée en cinq parties, la danse comme la musique s’appuient sur des principes répétitifs et minimalistes.
 

Dans Rosas danst Rosas, dont Thierry De Mey a entretemps réalisé un film du même titre, deux sortes de mouvements s’entrelacent.  D’une part des mouvements abstraits, difficiles à qualifier, de l’autre, des mouvements plus concrets, reconnaissables : la main qui lisse les cheveux, qui rectifie la tenue d’une blouse, la tête qui tourne brusquement…Ces gestes qui réfèrent à des gestes du quotidien, possèdent une signification directe.  A croire que les incidents du processus de l’œuvre émaillent la représentation comme autant de citations littérales.  Mais le matériel gestuel n’est pas le seul à continuellement ébrécher l’hermétisme illusoire de la représentation (“ de la danse et rien de plus ”) et à le pousser dans le sens d’une réalité plus factuelle.  Ainsi, pendant l’intermède entre la première et la seconde partie, les danseuses préparent leurs chaises et leur chaussures, lissent leurs vêtements et reprennent manifestement haleine.  A la fin de la quatrième partie, les danseuses affichent sans honte leur fatigue : elles se tiennent sur la scène, visiblement haletantes et trempées de sueur. 

Dans ces courts instants, “l’envers” physique de la danse est montré comme un art corporel.  Il serait impensable de le voir dans une représentation de ballet classique; mais les exécutions de danse moderne sont, elles aussi, placées sous le signe de l’occultation de la fatigue et de l’effort.  Au contraire, l’œuvre d’Anne Teresa De Keersmaeker s’applique, aussi après Rosas danst Rosas, à briser l’illusion qu’une représentation de danse mette en scène une réalité tout autre que la réalité (physique) quotidienne.  Ainsi peut-on remarquer que De Keersmaeker n’essaie jamais d’atteindre la perfection absolue dans ses chorégraphies : elle n’impose pas à ses danseurs d’exécuter sans aucune erreur les mouvements en simultané.  C’est pourquoi les représentations de Rosas témoignent toujours cette expressivité et cette –humanité- si spécifiques.
 

La première partie de Rosas danst Rosas se joue au sol et en silence.  Formant une grande diagonale de l’arrière droite au devant gauche, les quatre corps allongés sur la scène roulent sur le sol avec des pauses et des intervalles, accompagnés d’une pure “musique” de halètements syncopés, du frappement des bras sur le plancher, du roulement des corps…Le deuxième mouvement se joue sur des petites rangées de chaises alignées en biais (voir Come Out dans Fase).  Le matériel gestuel se compose de gestes rapides, durs et énergiques qui répondent aux percussions métalliques.  La troisième partie est tout comme la première un jeu entre les lignes droites et les diagonales que l’éclairage accentue par des couloirs de lumière.  La mis à nu incidente ou voulue d’une épaule-rite de séduction?- est l’un des gestes concrets les plus marquants de ce mouvement.  Le quatrième mouvement est une danse en groupe et monte en crescendo, jusqu’à la limite de l’épuisement physique, des diagonales, des lignes droites et des cercles se succèdent et s’alternent dans cette partie.  L’épilogue est une coda très courte qui n’est constituée que par des gestes concrets liés à la fatigue réelle des danseuses.  Dans toute la pièce on voit encore beaucoup de mouvements à l’unisson entre les quatre femmes: ce qui n’empêche que toutes les variations possible du nombre quatre soient essayées.  Trois danseuses font par exemple le même mouvement, la quatrième son contraire; ou encore, elles suivent un parcours deux par deux, ou une plus une plus deux, une ou plus deux plus une, etc.
 

C’est dans Rosas danst Rosas qu’apparaissent pour la première fois les champs de tension qui marqueront la totalité des œuvres ultérieurs d’Anne Teresa De Keersmaeker: notamment l’opposition entre les structurelles rationnelles (“pensées”) et les émotions signifiantes, la dialectique entre l’agressivité et la tendresse, ou l’interaction entre l’uniformité (de costumes ou de mouvements) et l’individualité (l’accentuation des différences de constitution entre les danseuses par le port de vêtements identiques, ou les accents singuliers dans l’exécution des mouvements à l’unisson).

Chorégraphie Anne Teresa De Keersmaeker

Dansé par/en alternance/ Laura Bachman, Léa Dubois, Anika Edström Kawaji, Yuika Hashimoto, Laura Maria Poletti, Soa Ratsifandrihana
 

Créé avec Anne Teresa De Keersmaeker, Adriana Borriello, Michèle Anne De Mey, Fumiyo Ikeda

Musique Thierry De Mey, Peter Vermeersch

Musiciens (enregistrement) Thierry De Mey, Walter Hus, Eric Sleichim, Peter Vermeersch

Lumières Remon Fromont Costumes Rosas Direction des répétitions  Fumiyo Ikeda

Coordination artistique et planning  Anne Van Aerschot Directeur technique Joris Erven

Techniciens Joris De Bolle, Wannes De Rydt, Michael Smets, Bert Veris

Première Mondiale 06/05/1983, Kaaitheaterfestival au Théâtre de la Balsamine / Bruxelles

Production 1983  Rosas & Kaaitheater / Coproduction 2017  De Munt / La Monnaie (Brussel/Bruxelles) / Sadler’s Wells (London) / Les Théâtres de la Ville de Luxembourg